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Un matin brumeux, je me trouvais sur la rive de la rivière Mwabuka dans la zone de santé de Ankoro en Province du Tanganyika, observant les villageois qui, avec une détermination admirable, construisaient un pont de fortune à l’aide de bambous et de cordages. C’était dans le cadre d’une mission de vaccination appuyée par VillageReach1 dans les zones de santé de Manono, Ankoro et Kiambi afin d’apporter une assistance technique et logistique de qualité à la mise en œuvre des activités de la stratégie spéciale de vaccination, qui contribue à l’arrêt de la circulation du poliovirus de variant du type 1 dans la province. Cette stratégie spéciale est un ensemble des stratégies adaptées pour atteindre les enfants dans les zones d’accès difficile dont les îlots, les mines, les camps champêtres, les zones insécurisées etc.
Les routes impraticables (souvent inondées par les eaux de pluie), les forêts denses, et les rivières en crue compliquaient davantage les déplacements. Alors que je me préparais à traverser la rivière Mwabuka avec une équipe de terrain composée des spécialistes techniques, des vaccinateurs et des motards ; une femme, sur le point de traverser la rivière arriva avec son enfant sur le dos et des vivres. Sa démarche marquait l’obstination d’une communauté face à des défis quotidiens. Ce moment de vie simple mais symbolique me fit prendre conscience de l’importance de ne pas laisser ces populations isolées par manque d’infrastructures sanitaires adéquates, loin des grands centres urbains, sans accès aux soins de santé essentiels, y compris la vaccination.
Face aux difficultés auxquelles cette population est confrontée, nous, en tant que spécialiste de santé au sein de VillageReach, ne pouvons que franchir ces rivières, ces forêts et ces collines pour aller à leur rencontre. Cette expérience marquante renforça ma conviction que pour contribuer à l’amélioration de la couverture vaccinale dans ces zones reculées, il ne s’agissait pas seulement de fournir des doses de vaccin, mais de déployer une véritable stratégie de terrain, résolue et persévérante.
Durant notre passage dans les zones de santé de Manono, Kiambi et Ankoro, nous avons procédé à la vaccination de plusieurs enfants et aux échanges avec des leaders communautaires pour susciter leur implication dans la sensibilisation sur la vaccination. C’était une immersion totale au cœur des défis sanitaires et humanitaires complexes dans une région en proie à des crises multiples. Sur le terrain, notre expérience a été marquée par des moments de mobilisation intense, mais aussi d’espoir grâce aux efforts des acteurs locaux et provinciaux.
Dès notre arrivée, le décor était planté au niveau des bureaux centraux, centres de santé pour notre accueil. Dans certaines Zones de santé, le manque d’informations sur le bienfait de la vaccination et de ses effets secondaires probables, ont laissé une méfiance durable envers les programmes de vaccination.
L’expérience de terrain a donc montré une perception de la vaccination globalement positive mais encore fragile suite à la difficulté de la pérennisation des activités après l’appui des partenaires, nécessitant des efforts continus pour construire et maintenir la confiance, en particulier dans les communautés réticentes.
Une grande partie de la population perçoit la vaccination comme bénéfique, notamment pour la protection contre des maladies graves comme « Vundjavundja » (la poliomyélite en swahili), « BULEBE » (la rougeole en Kiluba).
Dans les zones où les chefs de village ou les leaders religieux soutiennent activement les campagnes de vaccination, le taux d’acceptation est généralement plus élevé. En revanche, là où ces leaders s’opposent ou restent silencieux au sujet de la vaccination, la méfiance est plus forte, cas des adeptes de la secte religieuse Steward.
Défis techniques et logistiques

Working with the hardest-to-reach communities in DRC to improve immunization rates. (Photo Credit: VillageReach)
Le travail de collecte et d’analyse des données était une course contre la montre. Sur le terrain, la connexion internet rare et instable, associée à des rapports incomplets ou imprécis, rendaient l’extraction des informations de vaccination et épidémiologiques particulièrement difficile.
La validation des données nécessitait des visites sur le terrain, souvent dans des conditions éprouvantes : chaleur accablante, longues distances à pieds dans des zones inaccessibles en voiture, ou encore des rencontres inattendues avec des animaux sauvages comme deux gigantesques éléphants bloquant le passage dans une région aussi instable augmentant le stress et l’incertitude.
Lors d’une visite dans une zone de santé de Manono, dans le village Busolo, une pluie torrentielle a transformé les routes en rivières de boue. Nous avons dû terminer le trajet à pieds, portant avec nous le porte-vaccin indigo, un type de sac ou de dispositif conçu pour transporter des vaccins de manière sécurisée, en particulier dans des conditions de température contrôlées, pour assurer la sécurité et l’efficacité des vaccins.
Dans certains villages nous étions obligés d’appliquer l’approche « HIBOU », c‘est à dire la vaccination nocturne, par le fait qu’à l’absence des parents qui majoritairement étaient aux champs, les enfants ne pouvaient pas bénéficier de la vaccination, une instruction stricte respectée pour réussir l’acceptation dans cette communauté.
Cette mission a été un mélange intense de défis, d’émotions et de leçons telles que la bonne coordination des activités, la sensibilisation des communautés sur la vaccination et l’implication des leaders locaux comme réussite pour l’acceptation de l’approche des stratégies spéciales de vaccination dans ces localités d’accès difficiles. Nous avons rencontré une population résiliente, des acteurs locaux déterminés malgré le travail dans un contexte des ressources limitées, et un besoin urgent de soutien coordonné pour la pérennisation de l’approche des stratégies spéciales de vaccination dans les localités d’accès difficile.
Chaque donnée recueillie par des sondages rapides ou interviews, chaque rapport écrit, chaque plan d’action élaboré avait un visage humain derrière. Cette expérience nous rappelle que les stratégies spéciales de vaccination associées à la santé publique sont bien plus qu’une discipline technique : c’est une mission profondément humaine.
Les équipes de vaccination spéciale ont donc non seulement améliorées l’acceptation de la vaccination, mais elles ont aussi posé les bases d’une confiance durable entre les services de santé et les communautés. Cette approche pragmatique et humaine peut servir de modèle pour d’autres initiatives similaires.
Cette mission fut bien plus qu’un simple défi logistique ou technique. Elle m’a permis de comprendre, au-delà des chiffres et des statistiques, la force et la résilience des communautés qui, malgré les obstacles naturels et humains, n’hésitent pas à se battre pour leur santé et leur avenir. La vaccination, loin d’être un acte isolé, est une lutte collective, un effort qui nécessite l’implication de chaque acteur local et une mobilisation continue des ressources et du savoir-faire.
Au retour de cette mission, je ressors convaincu que chaque difficulté surmontée, chaque enfant vacciné et chaque leader local engagé est un pas vers un avenir où la santé est un droit pour tous, où que l’on se trouve.
Ensemble, nous pouvons franchir ces rivières et ces montagnes pour garantir l’accès à la vaccination et ainsi contribuer à un monde plus sûr, plus sain et plus juste.